Libération




.... Le jour où les premiers chars russes sont entrés dans Paris, j'étais au balcon à espérer le bruit cliquetant des chenilles, tenant à main droite le fichu cramoisi sur lequel Simone avait brodé un marteau et une faucille approximatifs. Les dernières unités américaines évacuaient la capitale ; un ou deux pillards cassaient encore sans trop y croire quelques vitrines ; les rotatives de "L'Humanité" se remettaient à ronronner après cinq de silence terrifié sous la botte yankee. Demain nous découvririons, l'horreur au ventre, les charniers de l'OSS ; les vertiges de l'indicible ... Puis le T34 parut à l'angle de la rue Ordener ; le chef de char, le torse sortant de la coupole, s'offrait aux balles des snipers ; il s'en moquait,; il était vainqueur et s'il venait à périr, des milliers de ses frères sauraient se montrer dignes de son corps embaumé. Les gens se précipitaient vers le monstre d'acier au mufle que tous devinaient tiède, bienveillant. Ils pleuraient de joie ; moi de même. Le soleil déchira alors les nuages et la cuirasse libératrice brilla comme de l'or ...



Quelle époque !



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