Bien entendu, le caisson est rigoureusement opaque : les curieux - toujours nombreux - ne peuvent voir les yeux exhorbités et le teint écarlate de l'homme qui se noie ; par contre, grâce à un haut-parleur latéral, ils entendent ce qui se passe à l'intérieur. A vrai dire, dans la chaine sonore est inséré un dispositif spécial qui filtre les crachotements et autres gargouillis et ne laisse passer que les rires et les hoquets de joie. Les spectateurs participent eux aussi à cette bonne humeur ; quand ils rentrent chez eux, ils peuvent raconter à leur femme que la noyade s'est parfaitement déroulée et que décidemment ces gens là ne sont pas à plaindre.
Le grand hall du palais d'été est trés passant ; nombreux sont ceux qui s'attardent devant la machine à noyer. Certains parfois semblent hésiter, comme s'ils voulaient se proposer pour la séance suivante, mais en général ils s'en vont, peut-être parce que le doute plane, et peut-être plane-t'il parce qu'ils n'ont pas vu la tête de celui qui est dans le caisson, celui que l'on introduit dans la machine à noyer quand les rideaux sont tirés.
Jusqu'à un ambassadeur qui a failli se décider. Malgré les avertissement de ses gardes du corps, ils était monté jusqu'en haut de l'échelle de cuivre et avait commencé à devisser le sas. Un des gardiens de la machine était intervenu pour lui dire que l'on pénétrait pas dans le caisson en public et que le réglement c'était le réglement. D'ailleurs, Un jeune homme bien mis lui avait expliqué que de surcroit ça allait être son tour. " Dans une petite heure " avait conclu le gardien, mais l'ambassadeur n'était pas revenu, comme quoi on ne peut pas non plus se fier à ces gens là.