Les renards




Depuis quelque temps, les renards entrent dans la ville. D'îlots de verdure suburbains en autres îlots, ils progressent vers les réserves de bouffe. Et sont arrivés à destination, là où la manne ne peut plus être plus abondante. Au début, il ne s'agissait juste pour eux que d'éventrer les poubelles et de se goinfrer des rebuts de l'homme - ce qui est autrement plus aisé que d'attraper un lapin ou toute autre bestiole bien décidée à rester en vie.
Et puis, ils ont commencé à mordre.
A vrai dire, nul ne peut affirmer que les agresseurs nocturnes sont des renards, du fait de la noirceur même de la nuit citadine et du délabrement croissant de l'éclairage public. Les victimes sont simplement en accord sur le glapissement moqueur après l'attaque. Les zoologues ont dit "peut-être". Aidés des médecins légistes, ils en ont rajouté dans le "c'est probable" après examen des morsures à la structure caractéristique.
Les braves gens se sont alors inquiétés - plus encore qu'ils ne le faisaient auparavant si cela est possible, d'autant que les vigiles et leurs molosses - pourtant nombreux - étaient déjà affectés à d'autres tâches de protection des biens et personnes.
Alors, ils m'ont sorti - moi et d'autres - d'un camp de chômeurs, m'ont donné une bombe CS, un gourdin et un algéco pour y poser ma carcasse le jour. Pas de salaire. Le gîte et les soupes populaires à domicile. 50 euros par peau comme prime.
Ca fait 6 mois que je guette mollement et que je vis des cigarettes des noctambules. Ce n'est pas un mauvais travail ; la nuit est agréable malgré l'absence d'étoiles et de lune, malgré sa poisseur et son air vicié. On est seul et on peut s'aimer à loisir. Loin de ceux que l'on doit protéger. Inutile donc de faire du tapage et d'aller frapper aux bonnes portes pour annoncer que, non, il n'y a pas de renards, qu'il n'y en a jamais eus, et que probablement, il n'y en aura jamais.



Glapissons en chœur !



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