>uZine >31 décembre 1996







Clouons les scientifiques aux portes de nos granges


Bon. On pourrait une fois de plus épiloguer sur la mythologie du progrès : répéter, un peu sénilement, que le progrès n'est plus désiré, mais imposé. Qu'une sphère technico-marchande est devenue autonome ; qu'avoir un avis sur le sujet est vain : qu'on soit pour (comme quelques extropiens hallucinés - pléonasme ?), la dite sphère s'en fout ; son développement se fait et se fera indépendamment de toute autre contingence. Qu'on soit contre (comme quelques dépressifs désabusés), est à la limite du ridicule. On pourrait (je pourrais, en l'occurrence) insister sur le fait que l'engouement pour le net et ses technologies connexes vient de son innocuité à priori ; pas de sales arrière-plans comme la génétique ou le nucléaire. Sur le fait aussi que c'est une sinistre pantalonnade que cette vision pour enfant de 8 ans où les hommes ils seront frères par la magie de la communication pour tous, d'autant que ce sera une communication pour ceux qui seront solvables dans les 10/20 prochaines années...

Bon tout cela a été dit, et redit, et, de toute façon, on ne prêche que les convaincus et certainement pas les aficionados du 20 heures télévisé qui sont le futur du net - en tant que consommateurs/acteurs (?) du dit réseau. Comme je ne veux quand même pas lâcher trop facilement le morceau, je rappellerais (avec un gâtisme certain) les 2 axiomes de J. Ellul :

  1. Tout ce qui est possible de faire, il faut le faire.

  2. Tout ce qu'on peut faire sera, un jour ou l'autre, utilisé.

Autant que je sache, ces 2 axiomes n'ont jamais été infirmés, et j'attend de pied ferme le gentil lecteur qui m'apportera la contradiction.

Ce que je voudrais dire c'est que toute société a toujours puni ceux qui mettaient en cause sa cohésion, ou qui risquaient de nuire à son ordre symbolique. Traditionnellement les voleurs et les assassins, mais il y eu d'autres catégories à subir l'ostracisme, suivant les lieux et les époques. On peut penser que les chercheurs (au sens large) sont ceux qui sont actuellement les plus à même de rendre notre planète la plus invivable possible. Il ne serait que justice de les clouer au portes des granges, comme des animaux nuisibles qu'ils sont. Je sais : on va hurler à l'obscurantisme et nous seriner pour la 148956ème fois les merveilleuses aventures de Galilée face à l'Inquisition. Clichés et à peu près de la culture fast-food...

Je me souviens toutefois qu'au siècle dernier, la population pris sur elle de faire brûler Nobel dans son laboratoire, Nobel, inventeur et marchand d'armes, qui, ironie de l'histoire, donna son nom, entre autres, à un prix de la Paix. A quand un prix Hitler contre le racisme ?

Jean-Charles Vidal,
Maréchal-Dictateur-Président à vie de RIEN.

OK, j'apporte les clous,
où est le marteau ?