Le retour du CIDUNATI
Saviez-vous que les tarifs de France-Telecom étaient trop élevés ? C'est aussi ce que je me dis quand je vois la somme à 4 chiffres qui arrive régulièrement dans ma boite aux lettres. Je râle, bien sûr, comme tout consommateur frustré de voir ainsi tout mon bel argent qui pourrait servir à acheter plein de saloperies tant diverses qu'inutiles, passer dans les poches d'un grand agent monopolistique (et donc ontologiquement méchant). Mon courroux se réveille aussi lorsque je lis ma feuille d'impôts et que je me dis que tout cela sert à engraisser ces putains de fonctionnaires qui n'en branlent pas une. Dans ces moments là, je me sens un vrai libéral garanti de souche et Madelin n'est pas mon cousin. Et puis, je réfléchis un peu, et je me souviens que si certains services existent pour tous (ou presque), qu'ils soient culturels, médicaux, judiciaires et autres, c'est aussi parce que je crache (de mauvaise grâce) au bassinet. Et que France-Telecom, avant d'être devenu le croque-mitaine des pauvres zinternautes, a fait en sorte que le dernier des hameaux de Corrèze puisse recevoir le téléphone avec tout ce que cela implique de (gigantesques) dépenses d'infrastructure. Tout service se paie, surtout quand il est destiné à la collectivité et pas à un petit cénacle de happy fews.
Les organisateurs européens du(des) boycott(s) sur internet ne s'arretent de toute évidence pas à ce genre de considérations rétrogrades et réagissent corporativement comme feu le sympathique Robert Poujade. Ils organisent un feu roulant contre les opérateurs nationaux, ce qui ne peut que réjouir les partisans de la déréglementation tous azimuts. Conscience politique : zéro (comme on disait dans les années 70). Conscience civique : négative ("tu peux répéter, j'ai pas bien compris le mot après 'conscience' ?"). Je défends mon beefsteak et je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez.
Comme tous les bons démagogues, de Cohn-Bendit à Le Pen, ils prétendent défendre un internet pour tous, et s'érigent en porte-paroles des pauvres, des déshérités, alors que sur le fond, ce sont des solvables, des représentants très moyens de la très moyenne classe moyenne. Ne fusse parce que les pauvres ne vont pas sur internet, étant donné qu'ils n'ont pas d'ordinateur - ces minables n'ayant pas 7000 FF (1069 euros, environ) à mettre dans un gadget coûteux dont on a toujours pas déterminé une quelconque utilité domestique. Comme d'habitude, les solvables se drapent dans le grand manteau pourtant mité du philanthrope pour défendre leurs petits intérêts catégoriels.
Il ne semble pas jusqu'à présent qu'un boycott soit prévu pour l'ordinateur à 1000 FF (pour une vraie informatique pour tous) ou contre la dérive mercantile du net (on est entre consommateurs). D'ailleurs, ces braves gens remercient souvent des sponsors (privés), pour que l'on comprenne bien que le mal, c'est le salaud d'état qui nous vole tous nos sous. Alain, Jean-Marie, Volez à leur secours !
En France, le site du boycott ne donne à vrai dire pas de justifications très développées à son action, il se contente de gueuler, suivant la tradition nationale, et il m'a fallu aller en Suisse pour lire un texte explicatif dont la platitude, la mauvaise foi, et l'hypocrisie ne se retrouvent guère que dans les déclarations américaines pour justifier leurs opérations de police coloniale au Moyen-Orient. Ainsi on apprend que :
l'Internet représente une source de connaissances scientifiques
et culturelles sans précédent. Il est essentiel que chacun d'entre nous y ait
accès facilement.
J'ai déjà parlé du côté remarquablement faux-cul de la deuxième phrase. La première devrait normalement faire rire, l'internet n'ayant été une source d'enrichissement culturel et intellectuel que dans les cerveaux largués des De Rosnay d'il y 5 ans. Aujourd'hui, l'internet, ça doit FAIRE DU FRIC. La culture, comme chaque commercial le sait, c'est pour les tantouzes, ou alors ça sert juste de joli emballage pour mieux faire vendre. Il faut être remarquablement cynique (ou crétin) pour oser écrire des énormités pareilles.
Un peu plus loin on comprend pourquoi cette grogne : en effet, le tarif téléphonique de proximité - donc entre un modem et son ISP - est finalement assez faible. Quelqu'un ne peut arriver à des factures astronomiques que s'il passe des heures sur le web et, ce, presque tous les jours. Quand on connaît le niveau de l'internet en général, on se dit que l'on a affaire à des zombies le nez sur leur écran qui ne reprennent contact avec la réalité qu'au moment de payer, et qui se scandalisent d'avoir à débourser autant pour un passe-temps somme toute inepte. Les enfants gâtés se rebellent, c'est pitoyable (d'autant que certains de ces Che du net s'imaginent être de gauche sous les fallacieux prétextes qu'ils lisent "Libé" et regardent "Canal+").
Le jour (pas bien lointain) où la télévision sera payante à la carte (pay-per-view), il se trouvera le même type d'irresponsables lobotomisés (pour rester poli) pour protester contre les tarifs des opérateurs télé. Et on pourra, comme aujourd'hui, leur répondre : "eh bien, regardez moins la boite à conneries, vous ne vous en porterez que mieux, et vous ferez des économies !"
Apportez les gravillons !
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