Serge Daney était beau ....
Un ami m'a prêté un coffret de 3 K7 vidéo de Serge Daney. Elles ont été tournées peu de temps avant sa mort. L'interviewer est Regis Debray, ce qui nous épargne des questions par trop crétines. De toute façon, Daney se suffit à lui-même : il parle du cinéma qu'il aime, de celui qu'il n'aime pas (l'insupportable "Qualité France"), et aussi - peut-être surtout - de la fin du cinéma et de la venue de la télé. Le cinéma donnait à voir, la télé apprend à comment se comporter. En bref, 3 heures d'intelligence, de subtilité, et, aussi, d'une mauvaise foi bien assumée. Ce n'est pas vraiment racontable ; il faut le voir.
Je ne partage pas tous les goûts de Daney ; il descend en flammes des cinéastes que j'adore et en encense d'autres, qui, au mieux, me laissent indifférent. Mais c'est un très grand bonhomme, autre chose que les tranxeneux de Télérama ou que les cultureux-jeunes/cultureux-rock des Inrockuptibles.
Quelque chose de troublant toutefois. Cette émission, pourtant menée avec pudeur, talent, intelligence et discernement n'est pas du cinéma ; c'est de la télé. Daney est mis en scène ; au montage on garde les meilleurs profils, les meilleurs éclairages ; on coupe des longueurs (des longueurs chez Daney ?) ; on intercale quelques bandes d'archives d'époque pour faire documentaire (ou pour "divertir" un peu ?), genre trucs en prise sur le réel ... Daney a-t'il été "spectacularisé" ? Ce n'est plus au sens strict une "vraie" discussion avec Daney, mais une mise en scène qui se présente comme authentique, mais enjolivée et façonnée comme pourrait l'être la discussion idéale.
Il faut être honnête : si les bandes avaient fait 15 heures avant montage/coupage, ç'eut risqué d'être franchement insupportable ... Les impératifs techniques existent aussi, mais qui décide de ce qui est un impératif ou ce qui n'en n'est pas un ? Le réalisateur - et son choix reste le sien, même s'il peut être discuté - ou la télé qui impose sa propre écologie ?
Pour finir, je signalerai que je ne partage pas le point de vue de Debray écrit sur le côté de la jaquette. Le voici : "Ce témoignage à coeur ouvert (....) (est) un passage obligé pour quiconque veut rester cinéphile sans devenir pour autant téléphobe". Désolé, mais après avoir vu Daney, je suis plus téléphobe que jamais ...
Ces K7 sont difficiles à se procurer. En voici les références :
Serge Daney
Itinéraire d'un cinéfils
Editions REZO-FILM et ARENA-FILM
Une coproductions FR3 - la SEPT/ARTE - CODAPERAGA
C'est si vrai ...
Début |
Je |
Vrac |
Rien |
Y'a bon ! |
Liens