Bien sûr que oui, d'abord parce que si vous ne le faites pas, qui le fera ? Et ensuite à quoi sert la liberté d'expression (que tout le monde défend, mais dont bien peu de gens use), et son corollaire ; la mauvaise fois (et un tempérament bilieux) ?
Evidemment : d'abord pour les raisons susdites, et ensuite parce que les bouquins en question sont tellement assommants (quand ils ne sont pas une insulte pour l'intelligence) qu'il faudrait être maso pour s'envoyer l'intégrale.
Première remarque :
En édition de poche, l'ouvrage fait presque 700 pages. Vu les redites (j'ai même sauté certains chapitres tant c'en était pénible), on se dit qu'il aurait pu être réduit de moitié, si ce n'est des deux-tiers. Pour donner un exemple, j'ai lu après un livre sur l'Allemagne contemporaine, où l'auteur rappelle la majeure partie des idées de Toffler en environ 10 pages (!), et encore à titre de rappel, comme s'il s'agissait de choses connues de tous. Ce qui nous amène à laDeuxième remarque:
Désolé de le dire, mais Toffler n'énonce que des banalités, à quelques exceptions près. Rien de novateur, quand ce n'est pas critiquable sur le fond. La globalisation du marché et la dissolution de l'espace par la vitesse étaient déjà annoncées par K. Marx en 1859 ... La notion d'équilibre dynamique remonte au moins à Héraclite (5-6ème siècle avant notre ère) ... Ses notions de rétroactions qui selon lui maintiendront (et maintiennent déjà) l'édifice en place, ne sont qu'une version reliftée de la "main invisible" de A. Smith (18ème siècle) ... Sur le fond Toffler est un homme du 18ème siècle, héritier des Lumières, qui croit à un individu autonome, libre de toutes sujétions, et maître de ses choix. Chez lui, aucune notion de rivalité mimétique, de panurgisme, ou d'aliénation. Ses notions de première, 2ème et 3ème vagues (très critiquables par ailleurs) font écho à la théorie des trois stades d'A. Comte, un positiviste pur jus. C'est un libéral d'idéologie, qui l'est évidemment sur le plan économique, ce qui nous amène à laTroisième remarque:
Toffler n'imagine l'individu que comme un "homo oeconomicus" ou même un "homo consumans" ; un consommateur choisissant librement les produits merveilleux que lui apporte conjointement le marché et le progrès. On peut quand même être sceptique (et inquiet) ...Quatrième remarque:
Toffler a peut-être raison sur un point : son avenir est probable, mais il n'y sera pour rien. C'est un fait contre lequel on ne peut rien (en pour ou en contre). Les fait sont têtus ... D'un autre coté : "il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations de phénomènes" (F. Nietzche). Reconnaissons-le : Toffler pronostique tout de même des ratées possibles dans sa merveilleuse machinerie, mais il le fait uniquement sous forme apocalyptique : retour au 8ème siècle de notre ère (sic), bref l'horreur pure de la barbarie du bas moyen-âge. Ce genre de slogan extrême me rappelle celui des pro-nucléaires les plus obtus : "l'atome ou la bougie". Comme s'il n'y avait pas de moyens de produire de l'électricité avant les centrales nucléaires ...
Voilà, c'est fini ... Vous pouvez évidemment vous livrer à ce genre d'exercice sur un autre gourou (par exemple le bavotant Negroponte), et arriver à des résultats aussi réjouissants ...
Enfin pour en finir avec Toffler, sachez qu'il a été aussi égratigné dans un livre sur les erreurs à répétition des "experts" auto-proclamés : "LES EXPERTS OU L'ART DE SE TROMPER" de Bernard Huyghe, paru chez Plon.
PS : Cet article est en partie composé d'échanges de mails avec Michel Grafmeyer, avec qui je suis rarement d'accord, mais que je salue au passage ...
Je suis journaliste/abonné à *Wired* et je proteste ...