L'escroquerie du jazz
Le jazz vous emmerde ? Vous avez raison ! Vous en avez marre de subir les diktats des professionnels de ce qu'il faut écouter ? Vous avez encore plus raison ! Lassé de subir les longues plages ennuyeuses à souhait que des gens sûrs de leur choix vous imposent ? Fatigué de l'indicible contradiction entre une prétendue spontanéité et un art plus officiel et creux que la peinture soviétique d'il y a 50 ans ? Cet article est fait pour vous (et pour moi) ! Il est temps de dévoiler l'escroquerie, ou plutôt, une des escroquerie de ce machin bientôt centenaire qu'on appelle le jazz ...
Voilà bien son paradoxe : celui d'être passé des bordels des années 20 aux plus prestigieuses salles de concert. D'être devenue une musique "majeure", incontournable, tout à fait en adéquation avec la montée de la bourgeoisie (au sens flaubertien du terme) et de ses aspirations à la légitimité culturelle. Plus complexe, donc meilleure que son alter-ego populaire (actuelle, c.a.d le pop/rock sous ses différents avatars - et non pas sous ses formes anciennes dont la redécouverte relève à mon avis d'un snobisme similaire), et partant bien plus "acceptable"; plus "démocratique" que sa consoeur classique, elle permet l'estampillage "sérieux" sans en avoir les inconvénients. En d'autres termes, c'est un signe culturel gratifiant pour son détenteur, comme par exemple une grosse berline allemande (tout en ne touchant toutefois pas nécessairement le même public).
Pourtant que le jazz est chiant en général ... Je me souviens de l'interview d'un vieux pianiste qui racontait que durant sa jeunesse, on lui demandait de jouer des chopineries ("c'est ce que les gens considéraient comme bien, mais c'était de la merde") plutôt que des airs de ragtime, dont il joue ensuite quelques mesures pour bien en marquer la supériorité (et il a tout à fait raison). L'ennui, c'est qu'aujourd'hui, le problème s'est inversé. L'académisme ne se situe plus au niveau d'un R. Clayderman (ni même, toutes proportions gardées, d'un Boulez), mais bien plutôt de l'Orchestre National de Jazz, financé par l'état, ou autres dispensateurs de délassements officiels. De nos jours, le jazz a ses zélotes, ses exégètes, ses historiens, ses vieux cons pontifiants, et leurs successeurs avides de s'affaler à leur tour dans les moelleux fauteuils des généraux en chef du bon goût. Quand on commence à faire de la muséologie avec un art, c'est qu'il est mort. Ou, en tout cas, plus vivant.
Bon. Je sais qu'il est inutile d'essayer de convaincre les convaincus de quelque bord qu'ils soient. Alors, j'en profiterais, à titre d'exemple, pour faire un peu de pub. En ce moment, j'écoute un CD de Lol Coxhill et Pat Thomas, intitulé "Halim", sorti il y a déjà plusieurs années. Lol Coxhill est un très talentueux saxophoniste de free jazz, auteur de plusieurs opuscules assez maniaques (en particulier en collaboration avec Fred Frith). De Pat Thomas, je ne sais rien, ce qui prouve à quel point je suis un informateur fiable ... Cet album est un savoureux mélange de free, de jazz cool, de funk et de machins indéfinissables (ce que n'est plus le jazz, hélas, depuis bien longtemps). Il ferait hurler les gardiens du temple, car ces deux hurluberlus se permettent d'utiliser des boites à rythme et des séquenceurs. Horreur suprême ! Hérésie des hérésies ! Et le swing alors ? Justement, parlons en : une des qualités de ce disque, c'est qu'il donne envie de DANSER. Oui ;de DANSER ! Autrement dit, de remuer du popotin en l'écoutant, ce qui n'est pas, vous en conviendrez, une attitude des plus convenables. On est très loin des applaudissements obligatoires et constipés à la fin de chaque solo, le cul bien calé sur une chaise, comme cela se fait entre gens de bonne compagnie ....
Un autre géant du jazz, à savoir Charlie Mingus - que je tiens pour un authentique génie -,avait bien compris l'importance de cette composante "physique", qui est, ne l'oublions pas, constitutive du jazz, ou plutôt de sa naissance ... Il fut aidé en cela par son goût immodéré pour les rythmes latins. Il est vrai que c'était aussi un remarquable compositeur, ce qui est rare dans le milieu. Ceci est une autre histoire (mais je ne le crois pas en fait), et je charcuterais dans un autre article, si j'en ai le courage, la prétendue opposition musique improvisée/musique écrite ....
T'y connais rien, taré !
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