J'aime les journalistes ! (1)




Cher M. Roucaute, Je viens de lire votre petit pavé " splendeurs et misères des journalistes ", paru chez Calmann-Levy - 130 FF (de l'époque). Je sais bien qu'il s'est écoulé 3 ans depuis sa venue sur le marché, mais je fréquente essentiellement les bibliothèques municipales, et il faut bien dire qu'elles ont un certain retard. Comme dans tous les livres dignes de ce nom, le vôtre est agrémenté d'un laïus-résumé au dos. Je dois bien avouer que ce petit texte est bien plus alléchant que le contenu de l'ouvrage. " Cri d'alarme contre la média(médio)-cratie ". Voilà qui peut sembler exagéré. Et d'ailleurs où de quelconques tabous sont-ils brisés ? (Soit dit en passant les objets/lieux réellement tabous étaient en général non-brisables du fait de leur nature - enfin passons, ce n'est que le début). Votre bouquin ressemble fortement à une de ces cérémonies franco-franchouillardes (Cf : les Césars) où de piteux professionnels s'autocongratulent. D'ailleurs les loups ne se mangent pas entre-eux et on ne crache pas dans la soupe. J'étais méfiant dès le départ pour les raisons susdites, mais j'espérais encore à ces machins qu'on exhibe à tous moments dans les moments critiques avant de les remettre à la cave : l'honnêteté intellectuelle, l'éthique, la déontologie (il est vrai que ce sont pour vous des concepts ringards, on y reviendra ...). J'aurais pourtant du le savoir : Une saine critique des médias ne peut provenir que de l'extérieur des médias, et dans ce cas elle n'a aucune chance d'être diffusée (médiatisée justement). Après tout quand on est spécialiste de quelque chose, c'est qu'on aime ce quelque chose, sinon on change de métier. Et vous aimez votre métier; M. Roucaute, et vous êtes presque prêt à tout pour le défendre. Même à écrire des livres pour. Mais dans ce cas, faites en sorte que le résumé dorsal corresponde au contenu.

Premier point : vous ne portez jamais de jugements personnels sur vos médiacrates (ou même journalistes de base). C'est honorable de votre part, mais on passe à côté d'un problème essentiel. G. Durand : un bouffon démagogue. E. Ruggieri : une conne inculte. Bien sûr, on peut discuter ces jugements abrupts (mais à mon avis fondés), mais vous ne le faîtes pas. Et c'est grave, car ce qui parait le plus dominer parmi vos médiacrates, c'est un savant mélange d'arrivisme, de veulerie et d'une médiocrité crasse. Vous éludez le problème (surtout pas de jugements de valeur, ça fait " Platon ", c'est has-been). On n'a rien à leur reprocher, ce sont de grands professionnels. Mais ça veut dire quoi, de " grands professionnels " ? Rien, bien sûr : la pompe à merde du Père Ubu était une machine d'un grand professionnalisme, comme vos petits camarades, elle produisait ce qu'on lui demandait de produire, et à la perfection encore.

D'ailleurs le signe patent de leur " grand professionnalisme ", c'est leur salaire exorbitant. Irait-on payer des nuls aussi chers ? Non bien sûr ; impossible. Je sais que la dénonciation de la langue de bois procède de la langue de bois elle-même, mais je me vois obliger de vous le dire : vous la maniez comme le toujours imité, jamais égalé, Joseph Staline. Mais pas la même il est vrai. Ca serait plutôt de la langue de bois néo-libérale, s'il fallait la qualifier. A quoi reconnaît-on la langue de bois : 1) Usage d'un demi-jargon semi-mystique censé emporter l'adhésion du public stupéfait 2) Elle décrit en fait un monde édénique n'ayant que peu de rapport avec le monde réel, mais de bien meilleure qualité que ce dernier. Un exemple : à un moment vous traitez TF1 de chaîne très pro. et vous la félicitez pour son indépendance vis à vis du pouvoir (je regrette je n'ai pas gardé la référence exacte, je ne suis pas un pro. moi même). On navigue en plein délire ; la croisière dans le monde édénique. Revenons au réel : allumons la télé et regardons TF1 (du courage !). Que voyons nous : une chaîne plus putassière-tu-meurs, une fantastique usine à merde et à désinformation d'une part , et d'autre part une parfaite carpette devant le pouvoir, surtout quand il est de droite. Soyons sérieux !

Ceci me permet d'ailleurs d'arriver à mon interprétation : et si la médiocrité croissante des médias était due à la médiocrité de ses animateurs (les journalistes et médiacrates pour ne pas les nommer) ? Oh, l'explication simpliste ! Pourtant ça se tient : Les médias sont devenues de grandes industries à fabriquer du spectacle médiatique (ce que vous reconnaissez implicitement à la fin de votre ouvrage). A-t'on besoin de gens brillants, intelligents, cultivés, probes pour générer le spectacle médiatique ? Non bien sûr. Se crée donc un phénomène de feed-back qui ne peut qu'aggraver la situation ( et elle s'aggrave de fait de jour en jour ; allumer votre poste pour voir). Pour être juste, il faut avouer que c' était sans issue dès le départ : dans le cas d'une information quotidienne (ou même hebdomadaire), il est impossible d'être bon tout le temps. Pour un mensuel à la rigueur. Le problème est donc structurel - et vous en avez parlé, je le reconnais, mais sans enfoncer le clou, alors qu'était là le noeud. (Au passage, remarquons que N. Chomsky est à côté de la plaque dans son film " manufacturing consent " , avec ses délires paranoïdes). Revenons au réel : De quelles qualités a-t'on besoin pour présenter le 20 heures de TF1, à part une élocution correcte et un beau costume ? Aucune bien sûr. Les infos sont compilés par les collaborateurs (grouillots en français), et régurgités par l'homme-tronc de service. Sans parler du plagiat et des infos non vérifiées (ça ne fait pas partie du professionnalisme, je suppose). Je présume que vous avez remarquez la grande similitude (pour ne pas dire l'identité) dans le traitement de l'information à tous les 20 heures (et même dans la presse écrite). Vraiment de grands pros ! Enfonçons le clou : il y a de cela environ 1 an " Télérama " (le super bien-pensant qui réfléchit à sa télé), faisait un numéro spécial sur le thème (en gros) " les journalistes sont-ils tous des salauds ". Inutile de lire : on connaît d'avance : déontologie, devoir de vigilance, ragnagna ... Ces braves gens n'ont pas vu le vrai problème : Même si on pouvait prouver par A+B que les journalistes sont effectivement des gros nuls et des falsificateurs, est-ce que cela empêcherait les gens de regarder les infos ? Non bien sûr : on est au spectacle et c'est tout (cela appelle d'ailleurs un autre problème, corollaire : à quoi bon une information, surtout multi-quotidienne ? nous y reviendrons).

De quoi parle-t'on au juste ? Ca veut dire quoi professionnel ? Que G. Durand est parfait dans son rôle de G. Durand. De même pour E. Ruggieri dans son rôle d'E. Ruggieri ? On n'en doute pas, mais ce sont des tautologies. Votre problème, cher M. Roucaute, c'est que vous vous refusez à portez des jugements de valeurs, et que les seuls jugements se font (éventuellement) sur la bonne opérativité du produit. Et pour marcher, ça marche, il faut bien le reconnaître ; la pompe donne en grand. Je sais bien que porter des jugements de valeurs c'est ringard, et ça fait un peu gaucho attardé. D'ailleurs , cher M. Roucaute, je vous ai parfois soupçonné d'être un ancien trotskiste (ou mao) ; le même cynisme un peu laborieux, le même passage d'un dogme à un autre. Rien de pire que les convertis de fraîche date. Que les gens reprochent donc à nos amis les journalistes ( et à leurs représentants les plus merveilleux ; les médiacrates) ? D'être devenus les employés-larbins d'entreprises au buts plus que douteux. Et tout le monde sait que dans toute entreprise, si on veut garder sa place, on ferme sa gueule (surtout si on veut monter dans la hiérarchie). Simpliste ? Si on veut.



La suite, la suite !!!



Toi quoi penser ?



Début | Je | Vrac | Rien | Y'a bon ! | Liens