Souvenirs, souvenirs...
Je viens de lire un bouquin sur la France des années 30 (1). Les rapprochements avec notre maintenant qui pue sont frappantes : Economie exsangue - façon rallye dans le brouillard -, hommes politiques faibles, lâches, veules, incapables et généralement corrompus, climat social exécrable (pauvres toujours plus pauvres, riches toujours plus riches), sinistrose ambiante, presse vendue aux grands groupes financiers et tout à l'avenant ... Et évidemment, face à une telle déliquescence, montée de l'antiparlementarisme et des groupes fascistoïdes (le zéro politique et le dégoût qu'il suscite, engendrent toujours ce genre de réactions ; la xénophobie n'étant souvent qu'un fourrier à boucs émissaires)(2) .
Fascinant, non ? On se croirait en 1996 dans un pays occidental bien connu, qui s'arrête au Finistère et dont la devise est : "Liberté, Egalité, Fraternité" (ah, ah !).
On me rétorquera qu'il y a quand même une grosse différence : De 1933 à 1939, il y avaient hors de nos frontières de virulents meneurs d'hommes qui surent faire se taire nos valeureux démocrates tous mous. Et ce n'est pas le cas actuellement. En êtes-vous sûrs ? En fait l'ennemi est là : c'est le Grand Marché Mondial. Qui réduit à l'impuissance nos dirigeants (à qui il n'en faut de toute façon pas beaucoup), plus que ne le feraient une douzaine de Hitler de l'autre côté du Rhin et/ou des Alpes. D'ailleurs, les journaleux-bavoteurs ne cessent de nous le répéter : c'est la guerre économique ! D'accord, c'est nous qui l'avons créé ce fléau et voilà qu'il nous retombe sur la gueule (Lénine avait tort : les capitalistes se vendent entre eux la corde pour se pendre mutuellement). Idem pour le Führer, fils du traité de Versailles qui a su remettre les ex-vainqueurs au pas (et plutôt deux fois qu'une !). Le fascisme techno-économique est là et tout le monde fait semblant de regarder ailleurs ...
A propos de guerre économique, une remarque : toute guerre "normale", si épouvantable soit elle, a toujours un terme. Dut-elle durer 100 ans. Malgré l'horreur, on sait (et espère) qu'elle finira un jour. Dans le cas de la guerre économique, ce n'est pas le cas, car elle nous est présentée comme une sorte de Destin, dernier grand mythe, consubstanciel à celui du progrès technique. Elle est intrinsèquement infinie, elle sera subie jusqu'à l'extermination du dernier humain. On n'a pas fini de morfler ...
Pour finir, lorsque dans un journal pour cadres (ou pire, un canard financier), un économiste méprisant vous explique que la France n'a rien à craindre de la mondialisation du marché, sachez traduire. Ca veut dire : " Moi (et mes congénères) n'avons rien à craindre de la mondialisation du marché". Avec mon salaire, mes actions, mes placements et les grasses primes de mes stipendiaires, je n'ai vraiment pas à m'en faire ... Ce sont les autres, ceux qui bossent maintenant, et qui seront jetés au chômage demain comme des merdes qui verront ce qu'il fallait craindre. Mais ceux-là ne me lisent pas. Ou sont vraiment très cons. Eternel mépris du spécialiste, même pour son éventuel public.
Notes
"La France des années 30" de Eugen Weber, chez Fayard. Intéressant, bien documenté, mais un rien condescendant (et agaçant, donc). Il faudrait rappeler à cet universitaire américain, que s'il n'a pas eu à subir 4 ans d'occupation, ce n'est pas du fait de l'excellence de son peuple et de ses dirigeants, mais parce qu'il y avait 6000 km d'océan entre lui et les Panzer Divisionen ...
Hier les juifs ; aujourd'hui, les arabes, noirs et autres pas-blancs. Mais rien ne dit qu'on ne reviendra pas aux bonnes vieilles recettes de familles ...
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