Y'a Bon !





Y'a bon (du tirailleur sénégalais Lord Banania) :
  1. Ce qui est écrit sur du papier. Attention, tous ceux qui noircissent la page ne sont pas Y'a bon. En fait c'est plutôt l'inverse. On retrouve les mauvais dans le Magazine Littéraire ou au Cercle de Minuit s'il existe encore (au moins ça leur permet d'approcher Laure Adler...). Les bons semblent se cacher ou le plus souvent sont morts. Ce n'est donc pas évident le Y'a bon-littérature.

  2. Ce qui est fixé sur le Celluloïd (ou plus récemment, sur la trame électronique de la vidéo). De même que dans le cas précédent, les pas bons sont légion à se faire encenser par les professionnels cire-pompes pour classe moyenne (de Studio à Première en passant par l'ineffable Télérama). Comme disait, je crois, R. Topor, "L'industrie du cinéma, c'est une industrie ...". Pas que l'industrie soit mauvaise en soi : elle fabrique par exemple d'excellents frigidaires (je sais ; on dit "réfrigérateur") qui durent 15 ans sans un pet, mais je n'ai pas pour habitude de rester en extase devant de l'électroménager ... Plus exaspérant encore, la détestable habitude qu'ont les professionnels de ce noble art de s'auto-congratuler dans des cérémonies ad hoc. Cette méthode, initiée par les américains, a évidemment traversé l'Atlantique, et s'est monstrueusement établie en France, récompensant des films qui ne peuvent que pousser une jeunesse déjà inquiète à s'injecter des substances délictueuses dans les veines. C'est encore plus dur le Y'a bon-cinéma.



Y'a bon-littérature


La littérature c'est bien surtout quand c'est des choses écrites. Et pas l'éternel bavassement du Rien.
On remarquera la quasi absence "d'auteurs" récents et surtout pas Français. Les rejetons du nouveau roman, fourriers de l'antique ennui, et les casse-gonades automatiques, fils et filles de Duras et consorts, inutile de leur faire de la pub. Le Magazine Littéraire et/ou Lire s'en occupent très bien. Sans compter les trop souvent téléramesques sites web consacrés à la littérature. Donc, voilà une liste non exhaustive d'auteurs Y'a bon en vrac...


Homère
D'aimables universitaires à demi grabataires en parlent volontiers. Mais qui l'a lu ? Pourtant vraiment dommage de ne pas le faire. Prototype radical du conteur face à l'auditoire avide. On a beaucoup perdu à disséquer sans fin les plats moucherons de l'âme.

John Cowper Powys
Aujourd'hui pareil personnage serait interné. Le spécialiste du roman-fleuve à demi halluciné. Mais discrètement, à l'anglaise. Peut-être un des plus grands auteurs érotiques, pourtant sans qu'un seul de ses personnages victoriens n'enlève le moindre de ses vêtements.

Raymond Queneau
Archi connu pour Zazie. Mais que pour ça et c'est très dommage. Une écriture stupéfiante au sens strict du terme. Lire par exemple "Le chiendent".

Malcom Lowry
Au dos de "Au-dessous du volcan", il y avait un petit texte qui présentait l'ouvrage comme un des dix meilleurs livres du siècle. Pour une fois ce fut vrai. En plus bref, le fulgurant "Lunar caustic".

Knut Hamsun
Le fou norvégien. Déambulant dans un monde surpeuplé, forêts crissantes d'allusions.

William Goyen
Un des rares auteurs américains à avoir préféré la forme au fond. Ca nous fait des vacances. Une écriture à la limite de la préciosité, parfois agaçante, mais belle comme un vitrail.

Witold Gombrowicz
Incontournable. Edifiant. A vous dégoûter d'écrire quoi que ce soit.

Emilio Carlo Gadda
Lire absolument "La connaissance de la douleur" et "L'affreux pastis de la rue Merle". Peut être le plus grand auteur italien. Attention le reste de sa production s'apparente plutôt à des fonds de tiroirs.

Robert Desnos
Le meilleur poète français du 20e siècle ? Peut être. En tous cas le moins ennuyeux et le plus réjouissant.

Arto Paasilina
Finlandais. Drôle. Avec du style. Qui raconte des histoires où les personnages font des choses. Le délire, de nos jours. A découvrir absolument (chez Denoël).


Quelques curiosités.

Julien Torma
Poète apparenté aux surréalistes. A fini par pisser sur la littérature et a disparu un jour lors d'un voyage au Tyrol. Destin exemplaire. "Le Grand Troche" chez Allia.

Iliazd
Poète russe avant-gardiste juste avant et pendant la révolution d'octobre. Exilé en France assez rapidement devant la mise au pas. Publie un roman : "Le ravissement", disponible chez Arléa. Une création étonnante et difficilement explicable. Beau comme il est rarement permis de l'être. Triste comme un perle dans un océan de fumier.

Claude Pelieu
Poète étrange, mais qui a oublié d'être chiant. Pas racontable ; mieux vaut le lire.


Quelques classiques mais pourquoi ne pas les citer ?

Céline
Bien sûr tout n'est pas bon contrairement à ce qu'affirment certains zélotes. Moins connu que "Le voyage..." ou que "Mort à crédit", "Nord" est un vrai petit chef d'oeuvre.

Boris Vian
Plus jeune je le trouvais drôle. Maintenant, triste à pleurer tant il est poignant..

W. S. Burroughs
Ce cher William a commis quelques trucs vraiment pénibles dans le passé. Et puis les persistances dope-garçons sauvages-savon noir sont un rien agaçantes. Mais il sait écrire, lui. Par exemple, "Parages des voies mortes" ou "Les cités de la nuit écarlate".





Y'a bon-cinéma


Des films, il en sort toutes les semaines (le mercredi plus exactement, tarif réduit de surcroît). Inutile donc d'essayer de faire une critique de ce qui sort. Des gens sont d'ailleurs payés pour le faire (ou plutôt ne pas le faire). Bien mieux : rappeler à la mémoire de ceux qui aiment les belles choses qu'il y a eu - et qu'il y a même encore - des réalisateurs plein de talent, d'idées et de toutes les choses qui manquent au festival de Cannes. Le choix qui va suivre est évidemment totalement subjectif, mais néanmoins excellent. Puisse-t'il un jour être cité dans les anthologies du cinéma (ça ne mange pas de pain de faire ce genre de prophéties ...).


Fritz Lang
Le roi du film : à la fois ambitieux et populaire. De vrais méchants, des flics véreux, des héros sans tâches et de pures jeunes filles. Et 15 tonnes de génie à la minute. Courrez voir (ou revoir) "M. le maudit" (ah, Peter Lorre !) ou "Le testament du docteur Mabuse", bande de nains !

Pier Paolo Pasolini
Qui n'a pas vu "Oedipe Roi" n'a rien vu. Ou comment le matérialisme dialectique ressuscite le plus terrifiant mythe de l'antiquité. En fait, je ne crois pas que Pasolini ait jamais bien assimilé le matérialisme dialectique. Ce qui explique cette explosion visuelle. Voir aussi "Mama Roma", avec la sublissime Anna Magnani (de toute façon, on ne voit qu'elle).

Andreï Tarkowski
Russe, Lent, Chrétien Orthodoxe jusqu'au bout des ongles. Tout pour déplaire. J'ai pourtant vu "Stalker" 3 fois et "Le sacrifice", 5 fois. Un très grand.

Lars Von Trier
Je ne sais pas si son nom s'orthographie vraiment comme ça, mais j'ai vu 2 de ses films : "The element of crime" et "Europa". Certes, ils sont perfectibles, mais à ce niveau, les quelques bavures dont ils sont entachés valent 50 ans de cinéma ronron "qualité France" (comme disait le regretté Daney).

Raul Ruiz
A fait "L'Hypothèse du tableau volé" ou comment laisser entrevoir les milliers de chemins de traverse qu'aurait pu emprunter le cinéma, au lieu de se cantonner dans son petit fauteuil roulant. Un film étrange, dont le scénario aurait pu être écrit par Borgès (en fait, il l'a été par P. Klossowski, par ailleurs très gonflant comme écrivain).

F.J Ossang
On plonge dans l'underground absolu avec le "Trésor des Iles Chiennes" de Ossang, par ailleurs écrivain. Un type qui recrée une mythologie cohérente, fascinante et quelque peu terrifiante. Là aussi le film est perfectible, mais vous connaissez maintenant l'argument ... Il y a une chance sur un million que vous puissiez tomber sur ce film dans une salle, mais si ça arrive, n'hésitez surtout pas. Un film à peine humain ?




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